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  • Pâques

    Sunday, April 05, 2015
    Maxime Allard O.P.

    Avec le printemps qui tarde, les lapins rechignent à sortir de leurs terriers! Pourtant, ils se multiplient et surgissent sous diverses formes chocolatées! Pâques doit approcher!

    Pâques, aboutissement d’un « triduum », de trois jours liturgiquement très intenses, est « la » fête chrétienne par excellence.  Pâques, fête chrétienne, certes, s’inscrit dans le sillage de la « Pâque » juive et de sa liturgie. Pâques, fête chrétienne ou juive… fêtes de la vie, fêtes de la vie plus forte que la mort, plus forte que les douleurs de l’oppression et de l’esclavage. Ceci nous entraîne loin des échanges gentils de chocolats décorées de couleurs pastel et des jolies fleurs printanières!

    En ce sens, la « semaine sainte » est une longue méditation sur le corps, sur les corps qui souffrent et qu’on fait souffrir. C’est une plongée existentielle et symbolique – sans faux-fuyants ou faux-semblants – aux limites du tolérable d’hier et d’aujourd’hui : l’innocent qu’on transforme en objet de transactions utilitaires politiques et religieuses et qu’on crucifie, qu’on jette hors de l’espace social, un déchet qu’on cache! C’est une exploration guidée dans les recoins des consciences et des cœurs, des institutions politiques et religieuses, pour redécouvrir la fragilité du désir de l’humain et les tentations à l’inhumanité malgré tous les dénis de bon ton! René Girard, après et avec d’autres, a su remettre cela en lumière dans la littérature de Shakespeare à Dostoïevski. Il l’avait vu à l’œuvre dans les récits de la passion de Jésus de Nazareth!

    Fra Angelico, dans sa représentation de la rencontre du Ressuscité avec Marie Madeleine peint les fleurs du même rouge dont il s’était servi pour le sang du crucifié! Contre toutes les affirmations romantiques et rose bonbon de la « vie », Pâques est une affirmation de la vie qui conserve les marques de la torture et de la mort. Si des « alléluias » jaillissent dans la nuit pascale, ils ne devraient pas être le fait d’inconscients ou de grenouilles de bénitiers perdues dans leurs dévotions mais le cri, l’espérance de personnes lucides!

    Alors que les violences lacèrent des corps, des cœurs et des groupes en Syrie et ailleurs… Pâques invite donc à l’espérance! Alors que de nouveaux foyers de guerres s’enflamment… Pâques incite à demeurer vigilant car la mort, vaincue par le Christ Jésus comme le proclame les hymnes de la fête, continue ses ravages parmi ceux et celles que les mêmes liturgies désignent comme créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.

    Alors que des injustices, au plus près de chez nous, durent malgré des efforts bien intentionnés… Pâques appelle à s’engager pour la justice et la paix, pour que la vie puisse ressurgir là où la mort aura régné!

  • Aujourd'hui, ne fermez pas votre coeur, écoutez...

    Tuesday, February 17, 2015
    Maxime Allard O.P.

     

    Aujourd'hui, ne fermez pas votre coeur...

    « Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, écoutez… » La phrase retentira bien des fois au début du Carême, dans l’Église catholique.

    Étrange phrase…. Est-ce que « Aujourd’hui, écoutez » n’aurait pas suffi? Et, est-ce qu’il ne faut pas déjà être à l’écoute pour entendre cette invitation? Est-ce qu’il ne faut pas déjà que des oreilles ouvertes – voire déjà un cœur au moins entrebâillé – soient à l’œuvre pour que le son de la voix ne soit pas qu’une rumeur de fond? Certes. D’ailleurs, la phrase ne dit pas qu’il faille ouvrir un cœur qui serait fermer mais bien, elle est incitation à le conserver ouvert, à choisir de ne pas le fermer, à résister aux tentations de le replier sur lui-même.

    Étrange phrase… Comme si pour écouter, il avait d’abord fallu garder un cœur ouvert!?

    À bien écouter et laisser la phrase résonner, à force de la ruminer, on en perçoit toute la vérité. Ne dit-on pas, avec raison, qu’il « n’y a pas pire sourd que qui ne veut pas entendre », que qui choisit de ne pas porter attention à un message, à une voix, à une messagère? Combien de fois, une parole qui aurait pu être utile est-elle restée son inutile parce que la personne à qui elle était adressée n’avait pas envie de vous entendre? De vous entendre lui lire cela? Un professeur sait cela; un administrateur aussi. Mais une étudiante et une ouvrière aussi! Pour ne rien dire de ce qui arrive dans un couple, un groupe, une société!

    Et si « aujourd’hui », en ce jour-ci, peut-être seulement pour ce jour-ci, pour cet aujourd’hui, consciemment, les cœurs n’étaient pas fermés, ne se refermaient pas avant même qu’une parole ait été adressée… Si en ce jour-ci, dans les divers régimes de nos interactions quotidiennes, nous tentions l’expérience de ne pas fermer nos cœurs et que nous nous écoutions! Si… peut-être alors la face de la terre en serait-elle changée (un peu) ! Puis, qui sait, nous y prendrions peut-être goût…

    Étrange invitation. Si elle était répétée – tant l’invitation que l’expérience qu’elle suggère –  pendant une quarantaine de jours, soit jusqu’aux environs de la fin du semestre, jusqu’à la fin de l’octave de Pâques, la face de l’Université serait peut-être déridée. La vie et la vérité y circuleraient certainement mieux!

    Dominicain en contemplation